Non, l'histoire n'est pas faite; elle est toujours à faire et pour ainsi dire à recommencer.   Alfred BOUGEAULT

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object4.jpg8-Le moraliste

ALFRED BOUGEAULT MORALISTE



Durant toute sa vie, Alfred BOUGEAULT a tenté de décrypter sans sectarisme le plus grand nombre d’expressions de la pensée humaine, et avec bonne volonté et générosité il a espéré les mettre en perspective dans une dynamique commune à l’humanité entière. Que tout ce travail humain ne soit pas vain, que tous ces efforts aient une fin. Qu’il y ait un but dans la vie. Ce but, n’ayant pas la prétention de le trouver tout seul, et il a essayé de le saisir dans les livres, et pour s’y retrouver, il a privilégié le « cœur » sur la raison, et son cœur, qu’il a tant fatigué sur les routes tortueuses de la vieille Europe, son cœur l’a ramené dans les croyances simples de la tradition familiale de son enfance, dans cette morale sévère du paysan humble qu’il est resté toute sa vie : Travail, famille, patrie, au nom de Dieu, disons, pour faire simple, pour respecter les coutumes, mais sans bondieuserie.

Ce dialogue philosophique dans un rapport sur une étude d’Ambroise DANTEN , « De la nature des choses » en est pour moi le plus vibrant témoignage :

L’éternité de la matière est donc leur point de départ commun ; la négation du surnaturel en est la conséquence obligée. Pour Lucrèce, la religion est un fantôme créé par l’imagination humaine ; pour M. Danten, elle fut à l’origine un résultat de cause à effêt : « Tout ce qui avait sur l’homme une action salutaire ou funeste fut doué par lui d’une intention bienveillante ou ennemie. De là à animer ces causes, à en faire des êtres réels, à leur consacrer un culte, à leur faire des offrandes afin d’obtenir leur faveur ou apaiser leur colère, la pente était toute tracée. Bientôt il s’habitua à les prendre pour les arbitres de ses destinées… C’est ainsi que la religion prit naissance et devint la base des rapports sociaux » Lucrèce veut affranchir la raison humaine en la dégageant des terreurs de l’autre vie, en lui ouvrant dans l’infini, le vide où toute chose se meut :

Diffugiunt animi terrores ; moenia mundi

Discedunt, totam video per inane geri res…

Il explique la création par la combinaison des atomes et leur jeu continu. M. Danten a des vues plus hardies, quoique non moins hypothétiques. Il dit en traduisant Lucrèce : « rien ne se perd, rien ne sort de rien » ; puis il ajoute : Il n’y a point de matière, il n’y a que des être matériels doués de mouvement et de vie. Je ne crois pas à la matière inorganique. La vie n’a point d’origines. Elle a des manifestations variées et successives, suivant les milieux qu’elle traverse, milieux vivants eux-mêmes. Chaque molécule du fluide le plus impondérable est sans aucun doute un monde vivant et habité, composé lui-même d’autres mondes vivants et habités aussi, et ainsi toujours. »

Ce qui ne fait pas de doute pour l’auteur en fera certainement pour plusieurs. Mais je ne critique pas ici, j’expose. « Ce globe, être naissant à la vie, s’est individualisé, sans doute, autour d’un germe, qui, doué d’une vertu agissante et vitale, s’est approprié autour de lui ce qu’il lui fallait pour se constituer son entité propre. » S’élançant de là dans l’espace sans bornes, avec l’intuition de l’infini, il ajoute : « Les êtres planétaires, reliés entre eux par d’harmonieux rapports, autour d’un centre plus éloigné, ne sont autre chose que les membre infinis d’un être plus vaste encore, doué lui-même d’une vie plus large et plus intense ;…et remontant sans cesse d’échelon en échelon, j’arrive ainsi, par des degrés sans nombre, à concevoir l’idée de l’être sans limites, qui est tout, qui emplit tout, qui absorbe tout dans sa vie unique, immuable, éternelle, infinie. »

Cet être unique, infini, éternel, qui est nécessairement, qui est aussi un principe unique et universel, vous pourriez croire que c’est Dieu. Détrompez vous, C’est Pan (ainsi est intitulé le chapitre), Pan ou la Nature, car l’auteur emploie souvent ce mot pour désigner le principe universel. Il ne croit donc ni à Dieu ni à la substance immatérielle. « L’immatériel ne représente pour moi que le néant : c’est une idée purement négative ». Donc, point de créateur ni de création. « L’univers existe par lui-même de toute éternité. Il est parce qu’il est, parce qu’il ne peut ne pas être. Une substance unique, animée dans son ensemble d’une vie propre, emplit l’étendue infinie de l’espace ».

Mais il est quelque chose qui infirme notablement la valeur de ces assertions audacieuses, c’est ce que dit plus loin notre auteur : « Les données de l’observation et de l’expérience ne sauraient établir scientifiquement un pareil système ; elles ne le pourront jamais. »

Puisque vous vous placez en dehors et au-dessus de toute vérité révélée, on a le droit de ne voir dans vos idées que le résultat d’une fantaisie purement imaginaire qui n’a aucune prise sur ma raison. Vous avez beau me dire : « L’être des êtres…, quel est son principe ? la vie ; quelle est sa nature ? la vie ; sa fin ? la vie. » Cela ne résout rien, car la vie, c’est le problème à résoudre. Quelle est son origine, son essence, son but, sa fin ? Je reste à cet égard dans de profondes ténèbres et rien de ce que vous dites ne m’en a pu tirer. Vous dites qu’il n’y a point de matière, et dans la même page, vous dites : je suis matérialiste. Il faudrait vous mettre d’accord avec vous.

Pour ce qui est de l’intelligence, de la pensée, de l’âme, il n’y voit autre chose qu’un résultat, une manifestation de la matière. « L’idéal, l’immatériel est un leurre », et il donne comme preuve les divergences qui existent entre les différentes religions sur le principe de la divinité, sur celle de la vérité absolue, sur l’impuissance de l’humanité à trouver en cette matière un critérium définitif. Nous restons ainsi dans le vague et l’incertitude, sans règle ni boussole pour nous guider vers un but où tendent pourtant toutes les aspirations de notre être. Ce vide est un abîme : qui nous empêchera d’y sombrer ?

Pourtant l’homme est doué d’intelligence, d’activité, de liberté ; il faut à ses œuvres un but, une sanction morale. Quelle en sera la loi ? où la trouver ? Là est la pierre d’achoppement de ces théories vagues et inconsistantes.

« La morale, dit notre auteur, est basée sur la donnée de l’âme humaine. » Mais quelle sera cette âme ? voici : A l’origine, dans l’état de nature, l’âme humaine n’existait pas ; il n’y avait ni vertus ni vices : donc, point de moralité, « L’âme n’est point un être : c’est une modification et une transformation de l’être ; ce n’est pas une cause substantielle, c’est un résultat acquis ». L’âme fit donc son apparition chez l’homme lorsqu’il put s’élever à la faculté de réfléchir et d’abstraire. Tant qu’in n’eut que des instincts, il n’avait point d’âme ; lorsqu’il prit possession de son moi par la réflexion, par l’intelligence, l’axe de sa vie se déplaça : il devint un être moral, conscient du bien et du mal.

"C'est de la société, c'est à dire de ce monde idéal (échafaudé) sur le mode physique, que l'homme reçoit son âme; c'est à la société qu'il la rend; c'est elle qui l'enterre ou qui le fait vivre, et il y a des degrés jusque dans l'immortalité." Voilà donc l'âme humaine, si toutefois c'est une âme, qui s'est dégagée progressivement, et qui acquiert le sentiment de sa personnalité. "L'homme s'agite et la nature le mène. On ne lui en impose jamais. Votre seul droit, le droit de tous, le droit de chacun, c'est le droit à la vie, et le patrimoine commun en répond." La nature remplace ici l'être personnel, vivant, absolu que d'autres nomment Dieu. Cette substitution ne nous parait pas de nature à faciliter la solution du problème moral, social et humanitaire que poursuit notre intelligence. Au sujet de la Religion, il avoue bien que "l'homme a une telle propension au sentiment religieux qu'il n'est point permis de douter que ce penchant ne rentre dans le plan de la nature; que la croyance à une cause supérieure, qui dirige tout, repose sur un fondement très réel, mais la vérité pure n'étant pas le fait de l'humanité, toute religion repose sur une erreur, une illusion, un mirage du sentiment ou de l'imagination, et les religions sont des ferments de luttes et de rivalités. Le critérium de la morale se trouve, non dans la conscience individuelle, mais dans la conscience générale de l'humanité civilisée. Le droit et la vérité absolue sont un même point placé à une distance infinie, vers lequel aspirent sans cesse la raison et la conscience... sans y parvenir jamais. Le droit absolu n'est autre que l'ensemble, insondable à l'oeuil humain, des lois nécéssaires et inflexibles qui président aux évolutions de la vie universelle."

Chercher à sonder l'infini pour n'y trouver que la matière, la matière éternelle, qui est tout et absorbe tout, vie universelle sans commencement ni fin, renoncer à toute certitude absolue sur les impénétrables mystères des choses; -Non, ce n'est point une solution satisfaisante pour l'esprit, encore moins pour le coeur. Vous faites bon marché de toutes les croyances spiritualistes qui sont pour l'âme un élément de consolation et de bonheur. Non, vos théories n'ont rien d'humain, de moral, de civilisateur. Vous marchez à tàtons dans l'espace; vous battez des ailes dans les ténèbres. Nous persistons à chercher ailleurs la lumière que vous n'avez pu faire luire à nos regards.

BOUGEAULT



Suite


Date de création : 20/09/2005 @ 23:19
Dernière modification : 08/10/2005 @ 23:15
Catégorie : Le récit
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